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Allocution de Madame Louise Grandjean à l'occasion du JUBILE des 50 ans des Etablissements ALLEGRO créés par Monsieur Arnold Grandjean marque "ALLEGRO" déposée en 1914» Les Ponts-de-Martel, décembre 1964. Très chère famille, Très chers amis, Notre première et respectueuse pensée va à celui qui nous manque le plus aujourd'hui et que nous pleurons encore, le patron de l'usine ALLEGRO. Silence de commémoration Combien il serait réconfortant d'avoir encore notre patron, le papa Allegro, au milieu de nous et jouir de sa présence, sentir sa "bienveillante compréhension, son affection sincère pour cette grande famille ALLEGRO qu'il aimait tant. Dieu, le Maître de la vie en a décidé autrement. Nous lui devons un consentement, non de douloureuse soumission mais de respectueuse acceptation de Sa volonté. Néanmoins, Dieu est compatissant et comprend aussi nos larmes. De tout coeur, je vous remercie d'avoir répondu à mon invitation. Il y a parmi vous des membres de la famille et des anciens employés qui se sont dévoués pendant de longues années pour l'entreprise Allegro et qui n'ont pas encore eu l'occasion de voir quelque chose de ce Jubilé, tandis que d'autres ont pris part au voyage si réussi, organisé à Paris. Etant animée d'un sentiment de vive reconnaissance envers vous tous, je désirais vous en faire part de façon tangible en organisant cette rencontre qui me procure tout à la fois le plaisir de votre aimable présence en cette fin d'année jubilaire. Tout naturellement, cette rencontre prenait sa place ici, dans ce village des Ponts-de-Martel, origine et berceau des "Grandjean". Le créateur des Cycles Allegro est né un 19 novembre, à 8 heures du soir, non loin d'ici, à la Roche, sur le flanc de la montagne qui encadre le village des Ponts-de-Martel. La maman Grandjean, après une journée de dur labeur, fatiguée, s'apprêtait au repos. Or, voici que tout à coup, le petit Arnold qu'elle portait, se met à manifester vigoureusement son désir d'entrer dans le monde. Elle a à peine le temps d'envoyer son mari aux Ponts-de-Martel pour chercher la sage-femme que déjà l'enfant se précipite sur le sol, sans se faire la moindre fracture du crâne.... mais au contraire,... la bosse du commerce. C'est ce que maman Grandjean racontait plus tard, en taquinant son fils Arnold. Le petit garçon, devenu grand au sein d'une nombreuse famille met "la main à la pâte" très tôt. Il lui faut garder les vaches et travailler durement à la tourbe, dans les marais du Vallon. Plus tard, il désire suivre un apprentissage dans l'horlogerie et c'est ainsi qu'il travaille quelques années près d'ici, à la Fabrique de Balanciers, à Sagne-Crêt. Arnold avait toujours pensé qu'il achèterait une vache avec le premier argent qu'il gagnerait, afin d'avoir assez de lait pour tous ses frères et soeurs* Par ailleurs, le "besoin d'un moyen de locomotion s'avère impérieux car pour se rendre au travail de la Corbatière à Sagne-Crêt, le train coûte cher et à pieds, on use trop de chaussures. Adolescent» Arnold rêvait aussi d'une "bicyclette et c'est ainsi que le jour vint où la vache fut substituée par une vieille bicyclette d'occasion. Que de services il rendait ce vieux vélo ! Avec une force et un entrain peu ordinaire, le jeune Arnold pressait sur ses pédales un peu rouillées mais... elles tournaient vite... aussi vite que les pistons de la "Beuglise" du petit train de la Vallée de la Sagne. Semant ses copains de route, il arrive "haut la main" au Crêt, en même temps que la locomotive. En pédalant ainsi quatre fois par jour, de la maison à la fabrique et de la fabrique à la maison, Arnold acquiert un entraînement extraordinaire, des copains qui ne peuvent plus le suivre lui conseillent de prendre part aux courses cyclistes. C'est donc en 1908, à. Ste-Croix, que pour la première fois il prend le départ à une vraie course cycliste. Il est un peu intimidé avec son vieux vélo à immense roue dentée et n'ayant pas la tenue de sport des autres participants - C'est lui qui me le racontait - Cependant, malgré ses culottes de mi-laine descendant au-dessous des genoux, il remporte la victoire aux deux courses de la journée, le matin à Sainte-Croix et l'après-midi à la course de vitesse qui a lieu à la Chaux-de-Fonds. La stupéfaction des participants, des organisateurs et du public est grande et l'on discute avec animation les prouesses du héros du jour i C'était le commencement inattendu de la réussite, le début d'une belle carrière. La suite des victoires qui lui valurent le titre de "Champion suisse » en 1911 et de son travail fructueux et béni, vous la connaissez. Il convient ici, d'exprimer aussi aux frères d'Arnold, de Jules, Ali, Paul, Tell, jusqu'au plus jeune Ulysse, des félicitations pour le témoignage de fidélité, d'entraide sportive qu'ils ont donné dans un esprit de famille et d'équipe, sans pouvoir relater ici les nombreuses victoires individuelles remportées aussi par chacun d'eux. Je leur rend aussi mes hommages. Aujourd'hui, nous gardons à ce cher Arnold Grandjean, créateur de la marque Allegro, un souvenir ému et respectueux. Hommage soit rendu à son travail persévérant, car son oeuvre le suit. En ce qui vous concerne et me concerne, je ne peux que vous dire le vrai plaisir que j'ai eu à travailler au milieu de vous. Je vous félicite vivement, chers amis, d'avoir tenu bon de longues années, fidèles à votre poste, au milieu de la mitraille et de temps en temps même des boulets de canons. Les assauts sont inévitables dans le combat de la vie mais c'est celui qui court avec courage et avec persévérance qui remporte la couronne et vous la méritez» Encore une fois, laissez-moi vous dire combien j'aimerais avoir Monsieur Grandjean, ici à côté de moi, pour vous féliciter vous faire un gentil signe de reconnaissance de la main et l'oeil brillant, au milieu de cette magnifique famille Allegro où il avait la place, nous pouvons le dire, d'un médiateur de la Paix. J’ai dit |